Grady Tate, 2ème Partie

Le nom de Grady Tate évoquera peut-être quelque-chose à ceux qui ont un jour posé leurs yeux au dos d’une pochette Verve ou CTI. Durant les 60’s, il est un des batteurs de prédilection du producteur Creed Taylor et son style fait merveille aussi bien dans les petites formations que dans les sessions en bipg-bands, qu’il sait faire swinguer comme personne. C’est Grady Tate qui contribue à définir l’esthétique de la version Verve du soul jazz. Une version peut-être moins brute et moins sale que celle de Blue Note (il est bien sûr impossible de généraliser), mais, avec Grady Tate, toujours d’une souplesse et d’un swing dévastateurs. Il est le maître du rimshot, du travail sur la caisse clair propre et méticuleux – “crisp” disent les anglo-saxons et joue souvent “on top of the beat”. Son but n’est pas l’effet pétaradant mais juste la perfection d’un simple bon vieux groove. D’ailleurs, il ne prétend pas lui-même rechercher l’originalité dans son jeu, mais se concentrer sur le swing, point sur lequel il ne s’autorise aucun écart.

“The better the drummer was, the better that time-keeper was, with all of the fluctuations and complex things they did, it was still swinging. It didn’t allow you to get away from that swing. And I thought about that. So that’s where I went. I can tell you right off the bat—I’m not original at anything. Drummers today who say they’re an original, they’re liars.”
Grady Tate: The Art Of The Singing Drummer, By Greg Thomas, Allaboutjazz, October 22, 2008

La liste de ses contributions est impossible à établir (Downbeat parle de 5,000 albums, je ne sais pas si il y a une erreur de zéro), mais il a joué avec : Wes Montgomery, Jimmy Smith, Quincy Jones, Nat Adderley, Stan Getz, Tony Bennett, Kenny Burrell, Ella Fitzgerald, Benny Goodman, Roland Kirk, Count Basie, Oscar Peterson, Duke Ellington, J.J. Johnson, Kai Winding, Lionel Hampton, Jimmy Smith, Grant Green, Boogaloo Joe Jones, Lena Horne, Astrud Gilberto, Ella Fitzgerald, Miles Davis, Blossom Dearie, Chris Connor, Sarah Vaughan, Ray Charles, Cal Tjader, Peggy Lee, Bill Evans, Tom Rapp, Stanley Turrentine, Charles Earlhaand, Quincy Jones.
Il a également participé à plusieurs sessions dans des contexte pop/soul/R&B (cf. partie 3), aux côtés de Paul Simon (il joue au concert de Simon and Garfunkel à Central Park de 1981), Aretha Franklin, Charles Aznavour, Roberta Flack, Marlena Shaw et… Eddy Mitchell.

Si Grady Tate est avant tout connu comme batteur, il est également un excellent crooner baryton (à l’inverse des logiques commerciales habituelles, il est donc un exemple peu courant d’instrumentiste-chanteur d’abord connu pour ses talents d’instrumentiste, comme le fait remarquer Richard S. Ginell) et c’est dans ce rôle qu’il a sorti plusieurs albums à son nom, et ce jusqu’à très récemment (cf TNT-Grady Tate Sings and Body and Soul, sorti chez Milestone en 1991)

Grady Tate Smilin 800

 

Né le 14 janvier 1932 à Hayti, Durham (Caroline du Nord), Grady Tate commence à chanter à 4 ans, notamment àl’église, où dit-il, il fait forte impression sur le public. Il débute la batterie en autodidacte à 5 ans. Après des études en littérature anglaise et en psychologie (et son service militaire) et un début de carrière dans l’enseignement à Washington, DC, il décide de se rendre à New York, non comme batteur ou chanteur, mais pour poursuivre sa vocation d’acteur. Il s’inscrit à l’American Academy of Dramatic Arts, mais ses talents de batteur ont vite raison de ses projets de comédien : il reçoit un appel de Wild Bill Davis chez qui il finit rapidement par travailler à plein temps. Par l’intermdiaire de Jérôme Richardson, il fait la connaissance de Quincy Jones en 1963 et devient le batteur de son big band. L’orchestre compte alors certains des meilleurs jazzmen de l’époque qui sollicitent bientôt Grady Tate pour leurs propres enregistrements. Au milieu des années 60, il n’est pas rare que Grady Tate participe à trois sessions par jour, et joue le soir avec le trio de Billy Taylor.

De 1968 à 1974, il devient le batteur de l’Orchestre de Doc Severinsen qui accompagne The Tonight Show de Johnny Carson. Durant les années 70-80, il fait notamment partie du New York Jazz Quartet, du trio de Monty Alexander avec NHOP (85-87), de plusieurs spectacles de Broadway (Lena Horne, The Lady and Her Music, and Black and Blue) et il est nominé à deux reprises aux Grammy Awards en tant que chanteur (« Best Male Pop Vocalist”, 1973 et 1989).
De 1989 à 2009, Grady Tate est maître de conférence à l’Howard University Faculty de Washington.

John Wicks : “Grady Tate is one of the most underrated drummers of our time. I first learned about him when I began to research drummers that play well with Hammond organists. With organist Jimmy Smith and guitarist Wes Montgomery on their Jimmy & Wes: The Dynamic Duo record, Grady swings so hard with just simple quarter-notes on the ride cymbal, and sets up the Oliver Nelson big band as well as anyone could. No pyrotechnics, no “look at me” vogueing, just sweet supportive groove. Then I found out that drums are really his secondary instrument. Tate has several albums out as a singer that will knock you out.” John Wicks, December 2013 issue of DRUM! Magazine
John Wicks est un batteur et producteur basé à Los Angeles, il a joué avec Meshell Ndegeocello, Bruno Mars, Cee Lo Green, B.o.B, Chocolate Genius, Money Mark,

 

“DownBeat: What drummers today do you think are not direct imitators?

Buddy Rich: Let’s see, where do you want to start? Do you want to start with Ed Shaughnessy? Do you want to start with Grady Tate, Max Roach, Art Blakey, Elvin Jones, or Louie Belson? Or do you want to start with the present day guys?”
Buddy Raps About … by Jim Schaffer, DownBeat, 4/11/1974

 


Grady Tate – Discographie sélective

(1ère partie)

playlist de l’article (très très jazz):

 

The Incredible Jimmy Smith, Featuring Kenny Burrell And Grady Tate

Verve Records – V6-8628, 1965

Grady Tate, contribue à redéfinir le son des organ-combos à la Jimmy Smith période Verve. Avec lui, on passe d’une ambiance de vieux bouge à celle d’un petit club select.

Jimmy Smith – The Organ Grinder’s Swing

002_JimmySmith_TheIncredibleThe Incredible Jimmy Smith, Featuring Kenny Burrell And Grady Tate
Verve Records – V6-8628, 1965
Artwork [Cover Design] – Michael Malatak
Drums – Grady Tate
Engineer – Rudy Van Gelder
Engineer [Director] – Val Valentin
Guitar – Kenny Burrell
Liner Notes – Holmes Daddy-O Daylie
Organ – Jimmy Smith
Photography By [Cover] – Charles Stewart
Producer – Creed Taylor

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Jimmy Smith ‎- Got My Mojo Workin’
Verve Records ‎- V6-8641, 1965

002_Jimmy Smith - Got My MojoJimmy Smith ‎- Got My Mojo Workin’
Verve Records ‎- V6-8641, 1965
Tracklist
A1 High Heel Sneakers 5:03
A2 (I Can’t Get No) Satisfaction 4:23
A3 1-2-3 4:00
A4 Mustard Greens 5:35
B1 Got My Mojo Workin’ 7:30
B2 Johnny Come Lately 3:45
B3 C Jam Blues 3:47
B4 Hobson’s Hop 4:00
Credits
Alto Saxophone – Phil Woods (tracks: B1 to B4)
Arranged By, Conductor – Oliver Nelson
Baritone Saxophone – Jerome Richardson (tracks: B1 to B4)
Bass – Ben Tucker (tracks: A1 to A4), George Duvivier (tracks: B1 to B4), Ron Carter (tracks: A1 to A4)
Design [Cover] – Michael Malatak
Drums – Grady Tate
Engineer – Rudy Van Gelder
Guitar – Kenny Burrell
Liner Notes – Orrin Keepnews
Organ – Jimmy Smith
Photography By – Fred Seligo
Producer – Creed Taylor
Recording Supervisor [Director Of Engineering] – Val Valentin
Tenor Saxophone, Flute – Romeo Penque (tracks: B1 to B4)
Trumpet – Ernie Royal (tracks: B1 to B4)
Notes
Recorded December 16-17, 1965.

 

duke-pearson-pepper-adams-at-rehearsal-for-the-cat-walk-album

Duke Pearson & Pepper Adams

Duke Pearson – The Right Touch
Blue Note Records, 1967

Grady Tate est associé à de nombreuses sessions de l’arrangeur Duke Pearson, qui a aussi souvent fait appel au fantastique Mickey Roker. Il joue sur The Right Touch – titre qui lui va semble avoir été choisi pour lui – l’un des meilleurs de Duke Pearson. Les arrangements simples mais efficaces de Pearson apportent aux morceaux le scénario qui manque parfois aux sessions de hard-bop et sont joués à la perfection par une équipe de heavyweights. Parmi la discographie Blue Note que j’ai pratiqué en long, en large et en travers, ce disque est peut-être un de mes favoris.

« This is one of the finest recordings of Duke Pearson’s career. » Allmusic

« Grady Tate has the ability, because of his experience with big groups, to make any unit sound larger, and that’s what he did here.” Duke Pearson, The Right Touch Liner Notes

Duke Pearson – Make it Good

Rimshot et Ride ultra pépouzes de Grady Tate

“As for Stanley Turrentine, we really needed him for his fire and emotion.” Duke Pearson, The Right Touch Liner Notes

Duke Pearson – Chili Peppers

Des Chili Peppers arrangés aux petits oignons par Duke Pearson, octette superlatif (Freddie Hubbard, Garnett Brown, James Spaulding, Jerry Dodgion, Stanley Turrentine, Gene Taylor, Grady Tate, Duke Pearson)

Duke Pearson – Los Malos Hombres

Pour le drive incroyable : ne partez pas avant d’avoir écouté le solo de Turrentine, à partir de 0’43… Tight … ni ceux de Freddy Hubbard et James Spaulding, d’ailleurs.

“Turrentine. Whooo! He would just make you scream: Oww, Yea! When you hear him, you know it’s him. No lie, it’s the truth. I’d be driving, and would have to pull over, because I couldn’t drive and listen to him. That’s how tight he was.” Grady Tate
Grady Tate: The Art Of The Singing Drummer, By Greg Thomas, Allaboutjazz, October 22, 2008

003_DukePearson_TheRightTouch_1400Duke Pearson – The Right Touch
Blue Note – BST 84267, 1967
Tracklist
A1 Chili Peppers 7:03
A2 Make It Good 6:35
A3 My Love Waits (O Meu Amor Espera) 5:55
B1 Los Malos Hombres 6:30
B2 Scrap Iron 5:20
B3 Rotary 6:13
Credits
Alto Saxophone – James Spaulding
Alto Saxophone, Flute – Jerry Dodgion
Bass – Gene Taylor
Design [Cover] – Reid Miles
Drums – Grady Tate
Liner Notes – Nat Hentoff
Photography By [Cover Photo] – Francis Wolff
Piano, written by Duke Pearson
Recorded By [Recording By] – Rudy Van Gelder
Tenor Saxophone – Stanley Turrentine
Trombone – Garnett Brown
Trumpet – Freddie Hubbard
Notes
Recorded on September 13, 1967.